"Une peinture de sensibilité et de rêverie."
Nao Kaneko se laisse porter par des associations, les restes de ses lectures, les traces de ses vécus.

Une peinture est le résultat d'un processus long de recouvrement, reprises, ponçages jusqu'à ce que le peu de forme prenne forme.

NK travaille avec le bleu et le blanc, rarement (mais parfois quand même) avec d'autres couleurs. Ce qui l'absorbe : l'eau, le ciel, les nuées, la pluie et les averses, la lumière perçant à travers ces éléments.

Elle ne représente ni scène ni choses mais fait sortir une vision des matériaux – plâtre des enduits et même du médium et couleurs -.

Pour ces matériaux, elle a une attirance sensuelle – mais d'une sensualité réservée, pas démonstrative, discrète et retenue, courtoise serait le mot qui me semble le mieux convenir.

Les peintures ont quelque chose de fragments de fresque et se détachent à peine du mur.

Il faut beaucoup de recul pour voir la forme monter du tableau – il faut se placer à la bonne distance (toujours la retenue et la discrétion !). A cette bonne distance, la peinture prend corps et trouve soudain solidité et présence – la présence d'un moment de vision et de sensibilité.

Il s'agit d'une peinture du sentiment (feeling) ; du ressenti affectif et émotionnel mais de nature poétique, sans expressivité personnelle subjective : ce qui compte c'est le senti du sentiment, pas la personne qui l'a. Rien de moins impudique que cette peinture, mais aucune démonstration logique pour autant : juste la capture longue et difficile de ce qui fait marque.

Si je devais faire une référence, ce serait à Wordsworth, à sa " passivité sage " dans son poème Expostulations and Reply :

"The eye--it cannot choose but see; We cannot bid the ear be still; Our bodies feel, where'er they be, Against or with our will.

Nor less I deem that there are Powers Which of themselves our minds impress; That we can feed this mind of ours In a wise passiveness "
Yves Michaud
le 6 mai 2014