L'eau, le bleu

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nuages sur verre

2000 tempera, huile, pastel, sur bois et plâtre sur verre 40 x 80x 2,5 cm

L'art de Nao Kaneko repose sur une plénitude : non pas celle des couleurs, mais de la couleur - sa couleur, le bleu Kaneko, traversé ici de nuages vaporisés par le verre et imprimés dans le plâtre. En bas, a gauche, un oiseau, peut-être. Le bleu de Nao est porteur de lumière.

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Paysage aquatique

2000, peinture à l’eau et à l’huile, pastel, plâtre sur toile, 60 x 73 cm

Des rochers, qui auraient contenu toute la mer. Le bleu Kaneko quintessencie l'eau, l'océan, le bleu est matière, goût, parfum, un liquide devenu solide, une perfection. Sous le bleu compact, -même la mer n'est plus bleue. Le reste se dilue, et je vois la grande tache beige lentement gagner la strate inférieure du tableau. Ici, en bas, un peu à gauche, une nuance. Je ne peux dire que ceci : j'aime le bleu Kaneko. Il est pâle, il est aussi plus profond que la mer. Il n'est rien d'autre que peinture.

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Strates

1999 tempera et huile sur toile 73 x 100 cm

Le bleu ici est à deviner entre les strates de perturbations de couleurs. De la vapeur, au centre : un bateau, une machine, deux masses sombres, à ceci près que rien jamais dans la peinture de Nao Kaneko n'est inquiétant. C'est une élévation, je suis porté, de bas en haut, vers, à droite, un blanc délimité. Quatre strates, l'inférieure : des reflets. Puis : les machines. Ensuite la vapeur. Enfin l'atmosphère. L'art de Nao Kaneko est d'échapper à tout point médian, d'être une couleur apaisée, partout, éternellement.

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ciel de l'eclipse totale

1999, peinture à l’huile, 73 x 320 (60, 100, 60, 100) cm

L'éclipse. C'est le rose, au centre. Un coeur, mais déjà révê, imaginé, devenu peinture et univers, un coeur qui glisse, s'assombrit, tombe dans le bleu Kaneko. C'est comme si le soleil etait devenu bleu, un bleu-sang. Où allons-nous ? Ce sont des deplacements, de secretes mouvances. Rien n'est stable, ni le monde, ni la couleur. Le bleu est ici perturbe, quelque chose n'est pas pur. Je me demande a qui appartient ce bleu, a qui d'autre que le peintre ?

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Bois bleu

2000 tempera et huile sur bois 60 x 73 cm

Bois bleu. Variations sur ce theme du bleu Kaneko : les quatre strates sont réagencées - l'inférieure est énorme. Là-haut toujours le beige du ciel, d'un ciel peut-être. Je retrouve les vapeurs, un léger marbre, l'art du stuc ? Et la ligne de ce bleu quintessencié, au centre.

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Bleu

2000, peinture à l’huile sur toile, 89 x 130 cm

Toujours des déformations, des dérives (de continent, de ciel, de bleu). Je vois ici en haut, à droite, des taches d'ocre, de poussière, des terres incultes, et des trouées d'eau comme une région des lacs vue d'un satellite. Et le bruit ? Et les hommes ? Trop petits pour être visibles. Nous sommes au-dessus de la terre. Je ne vois pas même de bateaux. Le bleu, toujours, est incomparable. Le bleu : l'eau ? les rêves ?

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Ciel

1999, peinture à l’huile sur toile, 60 x 73 cm

Le bleu de Nao s'est déposé, au fond, plus sombre, plus solide, pétrifié. Là-haut, c'est le ciel lavé du bleu, presque orphelin, a la lisière d'une tourmente, a l'orée d'une inquietude - au bord, toujours, de la rêverie. Un pays, un continent, l'univers, peut-être. J'ai côtoyé les tableaux de Nao Kaneko, ces sept tableaux reproduits ici - et je suis apaisé, heureux. J'ai rêvé sur cette chose si rare, unique, et si simple : une couleur. J'ai compris qu'une couleur, une seule, était capable de sauver l'univers.

Le bleu Nao Kaneko.
Texte de Yves-Michel ERGAL
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